05 • Climax

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Climax

Climax

Cinq garçons passionnés pour le cinquième numéro, qui dit mieux? Onde romande en a même profité pour s’habiller aux couleurs de leur nouvel album!

Sortie: mars 2019


Photographies prises pendant le vernissage de «l’homme de demain»
Le Kremlin, Monthey, Suisse - 26.01.19

Découverte

Ahhh Climax. À une certaine époque, je suivais Raphaël Noir lorsqu’il accompagnait un chanteur romand un peu partout en Suisse. J’ai même fait deux sauts à Paris à l’époque. M’intéressant toujours à l’ensemble des groupes et pas uniquement aux chanteurs, j’ai vite découvert l’univers musical de Raphaël. Riche, incroyable. Aussi original que ses magnifiques tenues!

Je n’ai hélas jamais vu son premier groupe Pancake en concert mais j’ai suivi les aventures de Climax avec soin. Des Suisses qui jouent du «rock garage psychotique» à texte intelligent, il n’y en a pas beaucoup! On reconnaît directement la patte de Climax dans chaque album, c’est une certaine ambiance, un groove, un mouvement dans la musique par les instruments joués. Indéfinissable et en même temps si reconnaissable! Une flûte traversière taquine, un saxophone au répondant intéressant, une basse énergique et efficace, une guitare mouvante et une batterie bien vivante qui sait également être toute en finesse. Avec toujours les multiples claviers originaux et la voix de Raphaël!

Je les suis depuis, allez, on va dire 2006? Date de mes premières photographies du groupe au Festival de la Cité à Lausanne. J’ai continué à les voir sur scène, chaque sortie d’album créant l’étonnement dans le public et l’amenant à les découvrir en concert, dans leurs si beaux costumes!

Il vous faut absolument voir le groupe sur scène, un pur bonheur… Vous avez l’impression que c’est improvisé? Erreur, tout est préparé, calibré, répété pour que ça glisse tout seul le jour J. Et c’est tellement bien fait que vous en redemanderez! Cette nouvelle tournée pour «l’homme de demain» a démarré sur les chapeaux de roue, chaque coin et recoin de la Suisse romande a son show programmé. Vous n’avez aucune excuse!

Une des forces de Climax: arriver à se renouveler! Et surtout, être restés les mêmes pendant toutes ces années. Une profonde amitié les lie, ils jouent pour leur public mais avant tout pour eux! Et nous, de l’autre côté, on le perçoit et ça fait du bien de voir un groupe s’éclater autant. J’espère continuer à les voir encore longtemps jouer ensemble! Après tout, nous sommes peut-être toutes et tous plus âgés mais le principal est là: le plaisir de partager un moment tous ensemble!


Rencontre

Rencontre avec Raphaël Noir en toute simplicité pour discuter de Climax et aussi de la sortie de leur quatrième album: l’homme de demain.

Dans ce nouvel album j’ai retrouvé le son si particulier que le groupe possède. Parce qu’à chaque sortie je me demande ce que vous allez faire et là, bonheur: c’est du pur Climax, c’est différent mais ça reste Climax!

Cela fait plaisir que tu le ressentes! En ce qui concerne la création artistique, c’est vrai que souvent je propose des choses bien à l’avance. Les autres me regardent parfois avec des yeux grands comme ça quand je leur en parle, mais ils sont toujours partants!

J’ai aussi ce côté où j’aime bien un peu me bousculer, me titiller en création pour renouveler ce que l’on fait. Eux aussi, même s’ils n’ont pas forcément une idée précise pour le faire au départ.

Du coup, mes délires vont vite avoir une influence sur le reste du groupe!

Essayer de faire quelque chose. Ailleurs. Autrement. C’est ce que j’ai toujours eu à cœur en fait! C’est pour moi une sorte d’éthique, presque de la déontologie artistique. C’est un moteur! On n’a pas le droit de refaire simplement la même chose. Les gens sont contents d’être un peu bousculés, surpris. Tu reconnais la ligne mais à chaque fois, ça doit être wahhh!

 

Lionel Baud

Daniel Rougnon

Evariste Berney

 

J’ai été heureuse d’entendre Climax en français! C’était un challenge pour vous? Dire qu’en français on peut «aussi» faire de bons morceaux?

C’est la question à laquelle je m’attends le plus! Et oui c’est le gros changement cette fois-ci: il y a du français dans presque toutes les chansons.

En 2015 j’ai eu une idée sur la route des vacances: maintenant, ce que l’on devrait faire, c’est chanter en français! Un mois plus tard je retrouve les copains pour leur annoncer la nouvelle: ils étaient partants!

Très vite j’ai commencé à en discuter avec Fabian Tharin, avec qui je travaille et parle beaucoup. Il m’a expliqué comment il concevait le travail d’écriture. Il faut avoir un angle original, quelque chose qui n’a jamais été fait. Il faut se chercher, trouver qui on est!

Et moi, de quoi j’ai l’air? Quelle est ma posture, mon regard? Comment vais-je parler de moi? Et surtout du groupe!

Il y a aussi la manière de chanter, parce que je ne le fais pas du tout de la même façon en anglais ou en français. En français je chante doucement, je souhaite rester naturel, ne voulant pas être dans la posture du rockeur comme je le fais en anglais. Même si ça fonctionne très bien!

 

Raphaël Noir

Laurent Schillinger

 

Vous changez également de costume de scène à chaque fois en plus de la musique, sans parler de l’objet!

Pour nous c’est un tout, une réflexion. Questionner tous les formats pour savoir ce qu’est un groupe de musique! L’objet doit être un peu nouveau à chaque fois, il doit surprendre. Comme le visuel! Aujourd’hui, il y a tellement de produits, de musique dans tous les sens. On a une concurrence étrangère qui est hyper forte, douée et très jeune!

Comment arriver malgré tout à attirer et retenir l’attention?

C’est sûr que lorsqu’on sort un disque dans une boîte à vacherin comme il y a quatre ans, ça marque. On s’est vite rendu compte que le 80% des gens qui ont fait des articles sur nous parlaient beaucoup du fromage et un peu moins du disque. Alors on s’est dit qu’on allait remettre ça!

 
 

Comment s’est passée la réflexion pour ce nouveau design?

Je me suis posé cette question: Climax, on vient d’où? On n’est pas londoniens, on n’est pas à Berlin, on est ici en Suisse romande! Il ne faut surtout pas le cacher. Et j’ai un immense amour pour le tricot!

Début 2017, je vois le groupe et leur dis: on va faire une pochette en tricot! Ils étaient tous d’accord, enchantés. Et c’est parti comme ça!

J’ai adoré voir les premiers visuels. Vous êtes très bien habillés, super classe et en plus colorés. Le regard descend et là, choc. Vous êtes vraiment allés jusqu’au bout!

Pour les gens de l’extérieur cela peut paraître presque grotesque ou ridicule. Mais Evariste, notre bassiste, a toujours pensé que la tenue la plus élégante, la plus rock, la plus cool sur scène c’était le body de Michael Jackson. Alors l’idée de se faire tricoter un body était incroyable! Mi gilet rétro anglais, mi body Michael Jackson très moderne. Et finalement ça colle assez bien à l’image et au son british-rock qu’on a toujours eu, des années soixante-septante. Et le côté année quatre-vingt avec toutes ces couleurs flashy et pop, ça marche hyper bien!

Le but est de bousculer les codes pour se créer notre propre univers. Un body tricoté? Mais ils sont malades! Et pourquoi pas finalement?

On a travaillé avec une amie, Lorène Martin. Elle est costumière et a travaillé avec énormément de monde, entre autres dans le théâtre. Elle a réalisé nos costumes avec des tricoteuses du village. C’est un immense boulot! Le temps qu’il a fallu pour les confectionner… Abominable! Parce qu’en plus c’est brodé par-dessus. À la main. Et sur mesure!

C’est vrai que cela peut paraître futile et dérisoire parce que c’est extrêmement superficiel de parler des costumes et des visuels. Mais on en discute pendant des heures! En même temps je pense que c’est presque une psychothérapie de groupe, une échappatoire en fait: on est un peu des drag queens en version vaudoise protestante!

 
Climax
 

Pour les sensations sur scène, cela ne peut pas être pire que vos pantalons en cuir de Snapshot Rock’n’roll non?

C’est vrai que ces pantalons en cuir c’était quelque chose… En plus avec le coll roulé violet, on peut dire qu’on a de la bouteille en termes d’inconfort!

Vous avez dû adapter beaucoup de choses pour la mise en scène?

Non ça va, c’est un peu le même job. Ce qu’on a fait c’est créer un set pour mélanger d’anciens morceaux avec les nouveaux.

L’idée de concept a toujours été présente pour chaque sortie d’album. Est-ce que «l’homme de demain» a-t-il modifié le point de vue des médias sur Climax?

Avant c’était beaucoup plus rock. Et beaucoup plus garage! Notre passage au français fonctionne, les médias répondent bien. L’anglais tu peux te cacher derrière mais ça sonne un peu comme tous les groupes internationaux. Les radios passent les gros trucs avec un son puissant parce que ça sonne mieux que les mecs qui maquettent à la maison. Si tu veux jouer la carte personnelle, tu te dois de trouver quelque chose qui fasse que tu n’es pas en train de ressembler «à»! Et ce que ton texte dit de toi, personne d’autre n’aurait pu le dire, même à l’international.

Dans ce sens, placer des références comme Lausanne, Sierre-Zinal, c’est vraiment nous!

Comment avez-vous trouvé et choisi vos lieux d'enregistrements pour «l’homme  de demain»?

Un ami nous a dit qu'il verrait bien Climax sortir du studio, trouver des endroits insolites. On a adoré l'idée et on a d’abord pensé à enregistrer un morceau par lieu. Et faire un studio où tu bouges tous les jours pendant dix jours! Ahahah. On a ensuite réduit à trois lieux, mais honnêtement, après trois jours dans le premier… On s'est dit oh la la… Déjà deux endroits ça va être difficile, alors trois? Finalement on s’est retrouvé au Royal studio à Lausanne, chez Pascal Deshayes. Deux jours où nous avons été très efficaces pour refaire des voix et certains ajouts sur divers passages. C’est quand même plus confortable le studio pour certaines choses.

Sinon les deux lieux étaient incroyables! À la Vallée de Joux dans une grange où un ami organise régulièrement des concerts. Et une maison d'amis située au bord du lac. Ils ont entièrement vidé leur salon puis pendant six jours on était dedans! À trente mètres du lac, même pas une route à traverser. On en conserve des souvenirs magiques! Ce sont des périodes denses, c'était super, ce format de studio improvisé. Il était vraiment dans l'esprit de famille, de copains qu’on aime: pour nous c'est ce qui fait sens dans la musique!

On a envie de vivre des choses, de vivre avec des gens en fait! Pour moi, la musique me permet de me relier aux autres. Et déjà avec les gens avec qui je joue.

 
 

Depuis combien d’années on vous voit sur scène?

Cela fait 23 ans que ça dure! J'ai ce côté un peu moteur qui est super cool à plein d'égards mais c'est frustrant par moments car j'aimerais que cela avance beaucoup plus vite. Même après tout ce temps! Mais c’est aussi ça une famille: trouver un rythme de croisière commun.

Y a-t-il des musiciens qui ont changé d’instruments dans le groupe?

Oui le saxophoniste, Daniel Rougnon. Au départ il ne jouait que de cet instrument quand je l'ai connu il y a… (un blanc de quelques secondes). Il y a presque trente ans! Un jour il a récupéré une flûte traversière et a commencé à en jouer. Et il se trouve qu’il est meilleur à la flûte! Il fait également un peu de voix et surtout du clavier.

Daniel nous amène ça, le son de Climax. Ce sont vraiment les épices qui donnent la saveur sonore au groupe!

Les autres ont toujours joué des mêmes instruments. Lionel Baud joue de la guitare uniquement dans Climax. Mais ailleurs il fait de la basse! Laurent Schillinger a fait un peu de batterie pour d’autres projets mais c'est uniquement un batteur. Evariste Berney joue de la basse pour nous et de la guitare quand on se retrouve très tard dans un chalet de montagne.

 
 

Quel est le meilleur cadeau que le public puisse vous offrir?

On est toujours dans cette espèce d'inquiétude adolescente qui fait que tant que les gens ne sont pas en train de sauter dans tous les sens et d'hurler, on se demande si ce qu'on est en train de faire c'est bien ou pas. Et en même temps, on a tellement aligné de concerts en 23 ans!

À quarante ans on n'est plus censé faire de la musique. Ceux qui en font encore, ce sont des gens pour qui cela compte vraiment. Il y a beaucoup de personnes qui, à 30-35 ans, ont progressivement arrêté. Si à quarante ans tu en fais encore, c'est que c'est quelque chose de vraiment central pour toi. Ça t'habite. C'est presque une raison de vivre en fait. Avec tout ce que cela implique! De petit narcissisme, de besoin de reconnaissance, besoin de plaire, besoin de séduire. Tout ça en y ajoutant l'envie de dire quelque chose!

Et moi je le vis tellement comme ça. Pour le reste du groupe c'est pareil, ils ont tous passé quarante ans et le vivent encore comme des gosses!

 
 

C'est un immense cadeau pour le public que vous leur faites!

Je ne sais pas si c'est un cadeau. Je trouve que c'en est un lorsqu'ils viennent nous écouter et s'intéressent à nous. Quand les gens arrivent à percevoir ce qu'il y a de profond et de complexe, lorsqu’ils comprennent les textes et me disent c'est intéressant, ce regard que tu as sur les choses, ce moment-là. C'est hyper touchant…

Je crois que ce que l'on a tenté de faire avec ce nouveau disque, c'est d'être encore plus honnête envers nous-mêmes. On l'était déjà énormément mais là on l'est encore plus. En français, en se mettant à nu avec des passages très doux, des petites choses et des phrases qui ont l'air naïves mais qui disent des choses très profondes.

Mais le vrai cadeau, c’est que le public réponde présent, parce que nous, tout ce que l'on veut, c'est jouer des supers concerts dans des supers endroits!


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